Trilogie des Chansons de Quelque Chose
Annoncé comme un album compagnon/complément à l'album Songs of Innocence, on reprendra la seconde partie du titre du livre de William Blake Songs of Innocence & Experience, pour travailler le 14e effort. Mais le contenu contiendra plus de poids historique et émotionnel qu'initialement suggéré. Ce ne sera pas simplement une suite à l'album de 2014, ce sera un aveu de ses torts suite au vent de désapprobation dans le viol de consentement d'écoute au lancement du nouveau téléphone Apple, mais aussi parce politiquement, Bono s'est affiché à de nombreuses reprises un peu partout, un peu naïvement aussi, faisant face quelques fois à des contradictions qu'il n'arrivait pas à tout le temps à justifier. Son empreinte écologique pour des missions perdues d'avance et qui sont davantage des opérations charme de politiciens auprès des amateurs de musique de leur pays, agacent.
Bono a perdu son père. Il a aussi appris des choses sur sa propre santé, qu'il ne détaillera pas complètement, qui lui font croire qu'il va bientôt mourir. On sait que c'est le coeur. Qu'il a si gros au sens figuré. Quand il subit son accident de vélo électrique, il séjourne à l'hôpital, et commence à écrire des lettres à ses proches. Sa femme Ali, ses enfants, The Edge, Adam, Larry Jr, ses amis, ses proches collaborateurs, l'opération au coeur, ce fût sérieux à ce point. Une urgence s'impose en Bono.
Ça deviendra matériel pour l'album à venir. Et forcément, plus profond, plus grave. Plus solennel. Le ressac du 14e album imposé brise un lien entre les artistes et le public. Ceci force la réévaluation. Les cicatrices doivent être pansées. Héritage, gratitude, amour, regrets deviennent le concept lyrique de l'album à venir. Quand on avait lancé le compagnon sonore de l'excellent et inégalé depuis Achtung Baby, c'était moins de 2 ans plus tard. Cette fois, on prend un bon trois ans avant de lancer Songs of Experience.
Le climat politique tendu des années 2010 dans le monde, dont la grave erreur aux États-Unis depuis novembre 2016, laissera une empreinte sur le disque. La montée du populisme, la crise des réfugiés, les attaques terroristes en Europe, le Breixit, la dislocation globale devient réelle. On ne propose pas des chansons de protestation, mais des chansons qui négocient avec la peur. La foi. La persévérance. On parle d'anxiété du nationalisme. On oscille entre confrontation et consolation. Lors du lancement en décembre 2017, la curiosité et une machine marketing mieux huilée place l'album #1 dans 6 pays dans le monde, dont le Canada et les États-Unis. Le band devient le premier à obtenir un #1 au Billboard sur 4 décennies différentes. Réaffirmant du même coup une durabilité commerciale encore pertinente. Si ce n'est pas dans les diffusions radios, c'est au moins auprès des maisons de disques. En tournée, c'est The Joshua Tree qui est honoré, pour ses 30 ans.Certains salueront la franchise de l'émotion et la vulnérabilité de fin de carrière affichée sur l'album. Ils ont tous plus de 50 ans. Ils se présentent fragiles et sans craintes.
Publiques. Parce qu'en coulisses, on aura toujours le trac. Se relève-t-on d'un knock-out ou d'un genou au sol ? C'est le public qui décidera. Mais si on a déjà parlé sexe post adolescent, on parle maintenant maturité. On reprochera quand même d'avoir fait affaire avec 9 producteurs différents sur 13 chansons. 4 différents sur certains morceaux. On les jugera durement et injustement sur l'ensemble de leur carrière et non sur la qualité de la nouvelle offrande. 2018 leur fera faire encore le tour du monde, ils sont payants quand même. Ils rapporteront encore autour de 130 millions. On se moque de soi-même, fait preuve d'humilité, on revisite et joue des morceaux qu'on avait jamais joué en spectacle. Bono joue encore Mephisto pendant un temps. Le tout sent les derniers chapitres. La fin d'une époque. Le public a vieilli comme eux, il a changé. Les ados sont sous leurs toits, dans leur cuisine. Ce sont leurs enfants. Il sont sur leur pochette. Eli Hewson et Sian Evans se tenant la main. Fils de Bono & Ali, fille de The Edge & Morleigh Steinberg. Leur public devient plus difficile à saisir. U2 ne mène plus la parade culturelle musicale. On va peu à peu ralentir ses projets.Déjà, on faisait des caméos pour des artistes dans des promos, avec beaucoup d'humour. Sans même dire un mot. Bono qui se tait comme The Edge. Du jamais vu.
U2 ne domine plus la conversation musicale, mais en parle de l'intérieur.Honnêtement. À coeur ouvert. Comme Bono sur la table d'opération en 2016.
On a presque fait le tour du cercle. Pourtant, se pointera une sphère...qui les attirera...
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