Se Rendre
Pour un band longtemps défini par le volume, l'urgence, la spontanéité, qui carburait à la croyance qu'ils pouvaient physiquement changer le monde en quelque chose de mieux, musicalement, cet album a plutôt fait le contraire. Avec quelques pas vers l'arrière. En déshabillant ce qui avait été habilement habillé à une autre époque. Car il est question d'époque maintenant. Une époque où ses propres enfants ont un band. Pour un gars comme moi qui les as écouté de la pré-adolesence à facilement 23 ans, qui les as vus sur scène quand j'étais dans la quarantaine, c'était un chapître qui se fermait. Non je ne suis aucunement fan de remix, de réinventions, de nouvelles versions de sauces rebrassées, Donc cet album (double) ne l'ai jamais écouté, et ne l'écouterai probablement pas. Retravailler des morceaux qui m'ont accompagné de mes 12 ans à mes 50, c'est altérer qui je suis devenu.
Mais si c'était pour enfin rendre les armes, ça me parait aussi tout simplement honnête. Voici ce qu'on a toujours joué, et comment on se réinvente les mêmes poèmes musicaux.
U2 n'est pas né complètement formé. Il est né brut et punk. Jeune, incertain, parfois inconfortable, et ouvertement en recherche de quelques chose. De naïf. Un monde bon quand il vire mal. Je me présente moi-même avec la même naïveté sincère. Un homme bien dans un monde mal. Je crois encore fermement que d'avancer honnêtement dans la vie, est une forme de subversivité punk de nos jours. La vie me convainc toujours de ça en tout cas. Ils n'ont jamais prétendu avoir de réponses. Mais ont souvent poser les questions très fort. Le jeune U2 était fébrile. Spirituel. Politique. Émotif. Mais aussi vulnérable. Ils avaient une foi certaine. Un activisme et une envie de justice innée. Sans cynisme. Plein d'espoir. Plus jeune, notre génération X n'avaient pas les mots pour ça. Mais nous vibrions sur ces mêmes rythmes.
Nous avons vieilli, le band aussi. L'idéalisme s'est aiguisé. Le son a pris de l'expansion. Ils ont pris des risques alors que le confort du succès pouvaient les assoir. Les a assis un peu. Du bout des fesses. Le réinvention n'était que survie. En 1991, ils pouvaient être considérés finis après 8 ans de succès constamment renouvelés. Ils ont pondu un des meilleurs albums de leur époque. Certains disent, au monde. Personnellement, c'est un sans faute. Rien à sauter comme pistes. La réinvention était parfaite, tout en restant très soi-même. Ça nous faisait encore écho. On se promettait de ne pas changer en quittant l'école secondaire, suivant les conseils de Micheal Hutchence. Mais on était forcé de le faire pour s'adapter à la vie adulte. D'autant plus que Hutchence ne survivrait pas aux années 90. Avant que ne soit enregistré Songs of Surrender, U2 avait eu une vie artistique pleine. Les hymnes de stades. Les rues à courir. Les détours électroniques. L'amérikana. Le feu politique. La nostalgie personnelle. L'imperfection publique. Ce qui a fait naitre ce projet de The Edge, ce n'était pas la pertinence, c'était le temps. Le temps de se rendre. L'album, qui aura "4 côtés", un pour chaque nom des membres du band, est une sorte de conversation des membres du band avec eux-mêmes. Un soi-même plus jeune. Ce qui était autrefois crié est maintenant murmuré ou chanté doucement. Les chansons ne sont pas plus courtes, elles sont plus près d'eux. C'est moins de la nostalgie que de la reconnaissance. Comme Céline, Wayne Newton et Frank Sinatra avant elle, Britney Spears, Katy Perry ou Adèle, U2 a résidence à la Sphère de Las Vegas comme des vieux routiers du métier. Chantant pour l'âge d'or qu'on devient un peu. À 53 ans et plus. Ce qui nous as déjà excité ne disparaitra pas. Mais il changera de forme. Le sens est moins volumineux, et tout semble plus clair. Ce dernier album pourrait être une relecture d'un vieux journal personnel. Écrit à la mine. Même si à l'origine parfois tricoté à l'ordi. Leurs cycles furent aussi les nôtres. On a pas 15 ans de différence d'âge. On a été élevé dans le scepticisme et ils nous ont proposé des connexions. On a appris à ne pas faire confiance à n'importe qui et à croire en l'art. À la possibilité de l'intégrité dans ses valeurs. Leur manière de se rendre à la toute fin n'est pas la fermeture des livres. C'est la naissance du livre confessionnal de Bono, qui sera appelé Songs of Surrender aussi. Qui sera le coeur sur la main. Un coeur qui a été ouvert avec dangerosité à un certain moment. Et tout le temps investi pleinement sur scène ou ailleurs.U2 a été tour à tour grande gueule, arty, amerikana, shoegazico rock, techno rock, rock. Pop. Se rendre comme il le font, ce n'est pas baisser les bras, c'est dépoussiérer ce qui ne bouge plus depuis 45 ans.
Se rendre, ça parle aux gens de la génération X qui se sont rendus à la vie adulte. Qui ont été forcés d'embrasser les désillusions. Des version de nous mêmes qu'on a parfois été forcés de rendre plus tranquille que prévu. Mais toujours durables.
Ce dernier album ne remplace pas les anciens morceaux. Ils nous rappellent que nous ne sommes jamais une version unique de qui nous sommes, mais des gens qui évoluent. Et qui ont plus d'une couche à présenter de leurs êtres.
Ils se couchent en 2023. En offrant leur dernier spectacle à la Sphère en mars 2024, une semaine avant que nous arrivions nous-mêmes, à Vegas, avec nos amis.
C'était probablement une excellente chose qu'on ne puisse pas les voir une dernière fois, là-bas.
C'est signe qu'ion avait rien à fermer.Et que longtemps encore, on va durer.
Là où les rues, ne seront pas toujours nommées.
Avec un feu constamment inoubliable dans le coeur.
Taing, Mates.
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